Jean-Pierre GRIMAUD
Directeur général
OFI INVEST
La saison 2026 des assemblées générales se déroule dans un environnement profondément transformé marqué par les tensions géopolitiques, les incertitudes macroéconomiques et la refonte des exigences en matière extra-financière. Dans certains pays, le débat s’est durci, opposant parfois exigences de durabilité et performance économique.
Dans ce contexte, l’activisme actionnarial évolue vers des pratiques plus coordonnées et plus stratégiques. Cette tendance se reflète notamment dans les initiatives collectives auxquelles Ofi Invest Asset Management s’est associé dans le secteur pétrolier et gazier et dans le secteur bancaire, visant à demander un renforcement de la crédibilité des stratégies de transition.
Alors que l’attention portée aux secteurs exposés au risque de transition s’intensifie, les secteurs de l’énergie fossile, de la banque et de certaines industries fortement émettrices concentrent des enjeux majeurs de crédibilité stratégique et de gestion du risque. Les investisseurs attendent désormais des trajectoires claires, étayées par des hypothèses économiques robustes, notamment dans des scénarios de baisse structurelle de la demande.
Le vote et l’engagement ne visent pas à imposer des stratégies, mais à exiger une transparence suffisante pour évaluer la capacité des entreprises à créer de la valeur durablement dans un environnement en mutation rapide.
Le secteur bancaire occupe une place centrale dans cette dynamique. Ses décisions de financement conditionnent la trajectoire de décarbonation de l’économie réelle et exposent les investisseurs à des risques systémiques en cas de transition désordonnée. Les reculs observés dans certaines politiques climatiques alertent sur la nécessité d’un dialogue exigeant et, lorsque cela s’impose, de votes clairs au sein des organes de gouvernance.
La gouvernance demeure d’ailleurs le premier point d’attention des investisseurs sur la saison 2026 des assemblées générales. La composition et le fonctionnement des conseils, la qualité des contre-pouvoirs, la transparence des plans de succession ou encore l’alignement des rémunérations avec la performance réelle sont examinés cette année avec une vigilance accrue. Si les taux d’approbation restent globalement élevés, les contestations progressent, traduisant une exigence renforcée de cohérence et de crédibilité.
Nous avons toujours eu la conviction que des faiblesses de gouvernance constituent un risque financier à part entière, susceptible d’affecter durablement la trajectoire des entreprises et la confiance des marchés.
La gouvernance ne peut être crédible sans une politique de rémunération équilibrée. Or, la saison 2026 des assemblées générales confirme une dérive préoccupante : les résolutions portant sur les rémunérations concentrent désormais les plus forts taux d’opposition, bien au-delà de la moyenne des autres sujets. Ce signal ne traduit pas un rejet du principe de rémunération incitative, mais une contestation croissante de certains excès.
Sous l’effet combiné des rémunérations de long terme en actions, de marchés haussiers et de benchmarks internationaux qui s’auto alimentent, les montants versés aux dirigeants ont parfois progressé sans lien clair avec la performance opérationnelle ou la création de valeur durable. Cette inflation n’est pas neutre : elle modifie en profondeur le partage de la valeur au sein de l’entreprise, parfois même en contradiction avec les ambitions affichées par les entreprises.
À terme, ce déséquilibre fragilise la cohésion sociale, altère même l’acceptabilité des décisions stratégiques et peut peser sur la performance de long terme.
Le rôle de l’actionnaire est ici central. Voter sur les politiques de rémunération, c’est rappeler qu’elles doivent rester proportionnées, justifiées : intégration effective de critères financiers et de durabilité pertinents, plafonnement des variables, justification des hausses et prise en compte du ratio d’équité entre dirigeants et salariés. La modération en matière de rémunération n’est pas une posture morale ; c’est une condition essentielle d’un partage de la valeur équilibré et d’une gouvernance tournée vers l’intérêt collectif.
Le partage de la valeur repose sur une création de valeur durable, fondée sur des modèles économiques résilients, une gouvernance solide et une capacité d’anticipation des transformations, garantissant ainsi la pérennité de l’entreprise.
Jean-Pierre Grimaud
Directeur général, Ofi Invest